Chapitre vingt-quatre
« Retournons au reste de l’histoire, dis-je. De retour du parc, Rudy et moi nous sommes arrêtés au magasin pour acheter quelques cigarettes et pour connaître les cotes des paris sportifs de la journée. Sur le chemin du retour vers la maison, j’ai pensé à ma situation financière. J’avais assez d’argent pour faire l’épicerie, le plein et pour acheter des cigarettes, mais pas vraiment assez pour payer les factures. Peu importe à quel point je me sentais bien, je savais que si je ne réussissais pas à payer toutes mes factures, tôt ou tard je serais dans la merde.
Une fois arrivé à la maison, j’ai décidé d’apporter une petite modification sur ma cassette de visualisation avec la balade en train. Après avoir pris le train vers le futur et lu le journal, je continuerais avec le train et verrais où il m’amènerait. La plupart des paris devaient avoir été enregistrés avant six ou sept heures ce soir là, ce qui me donnait amplement de temps. Après avoir changé la cassette, j’ai pris une collation et me suis dirigé vers ma chambre à coucher. Tout allait parfaitement bien. Je suis descendu de mon train imaginaire, j’ai pris le journal, je suis remonté à bord, et j’ai ouvert le journal pour lire les résultats en attendant que le train reparte. Je pouvais clairement voir les résultats des jeux. C’était extraordinaire. Je pouvais lire le journal en entier comme si je venais vraiment juste de l’acheter. J’ai ensuite entendu le conducteur hurler « Tout le monde à bord » et j’ai senti le train qui s’ébranlait. J’étais heureux de la façon dont les choses se passaient. Alors, j’ai remarqué que le train gagnait de plus en plus de vitesse. J’ai cherché le conducteur du regard, mais je ne le trouvais pas. J’ai essayé de ralentir le train mais je n’y arrivais pas. Je trouvais ça étrange, puisque c’était mon imagination : j’aurais dû pouvoir contrôler la situation! Alors ça m’a frappé : c’est encore Sneaky qui fait des siennes! Soudainement, le train s’arrêta brutalement. Le conducteur m’a dépassé, et a dit, au passage : « Nous sommes arrivés. » Après être descendu du train, je me suis retrouvé dans ce qui semblait être une cour, un temple. C’était très beau. Tout semblait être fait de cristal ou de lumière pure et tout semblait rayonner de lumière. Je ne pouvais voir de soleil, mais il y avait une quantité incroyable de lumière très lumineuse mais non aveuglante. En même temps, tout semblait être un peu embrumé. Je n’étais pas certain si c’était à cause de la lumière ou si c’était mes yeux qui ne voyaient pas bien. C’était comme si je rêvais, mais j’étais parfaitement conscient et délibérément réveillé. C’est la meilleure manière d’expliquer l’état dans lequel je me trouvais. Et alors que je me tenais là, je me suis rendu compte que l’endroit était rempli d’amour. L’endroit était tellement rempli d’amour que je pouvais sentir l’amour entrer dans mes poumons quand j’inspirais. Je pouvais le toucher, le sentir, le percevoir; c’était incroyable. C’était comme si quelqu’un m’avait trempé dans de l’amour liquide. Je n’avais jamais ressenti pareille sensation auparavant. Je faisais le plein de cet amour, et ne gaspillez même pas votre salive à me demander de vous expliquer ça. J’essayais de bourrer mon corps d’amour et de le remplir à pleine capacité. J’étais tellement concentré à la tâche que je n’ai même pas remarqué le moment où les êtres sont apparus devant moi. Je les ai regardés et pendant une seconde, je me suis senti un peu coupable d’être un tel ogre. Mais pour toute réponse, ils m’ont envoyé encore plus d’amour. Je me suis senti aimé par eux, et ce, de manière absolue et totale, sans l’ombre d’un doute. Je ne pouvais pas les voir très clairement, mais j’en suis venu à la conclusion que l’un des trois était Sneaky. Puis, j’ai constaté qu’il y en avait un qui semblait se tenir derrière les autres. J’ai eu l’impression que les trois me protégeaient de cet être derrière eux, parce qu’il semblait rayonner à un point tel qu’il était presque en feu. J’ai regardé vers celui qui semblait être Sneaky, et au même moment, j’ai vu le visage de Sneaky. Immédiatement, un des êtres s’est placé directement devant moi, a pris ce qui me paraissait être une épée, l’a posée sur le dessus de ma tête et l’a poussée vers le bas, jusqu’au bas de mon dos. Je n’ai ressenti aucune douleur, et le tout s’est produit tellement rapidement que je n’ai pas bougé. Dès qu’il eut enfoncé l’épée, il en prit une autre et la plongea dans mon front jusqu’à ce qu’elle ressorte derrière ma tête, puis il en enfonça une autre dans mes tempes et une autre au milieu de ma poitrine. J’ai senti qu’on m’ouvrait et qu’on faisait entrer plus d’amour à l’intérieur de mon corps. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas réagi; j’ai simplement senti que tout allait bien. J’ai alors constaté que ce n’était pas du tout des épées, mais bien des tiges de lumière. Et je me laissais faire, laissant l’amour se déverser en moi. Puis, je me rappelle simplement m’être retrouvé dans ma chambre. La première chose que j’ai faite fut de noter les paris que je voulais prendre. J’ai regardé l’heure et me suis rendu compte que je n’avais plus que dix minutes pour faire mes jeux. Je suis donc allé directement au magasin.
Quand j’ai vérifié les résultats des jeux plus tard ce soir là, j’ai vu que j’avais gagné assez d’argent pour pouvoir subvenir à mes besoins quelques semaines de plus. Mais d’une certaine manière, ça n’avait pas d’importance parce que je me sentais si bien. »
Je me suis arrêté un instant. « Je pourrais passer les deux prochaines heures à essayer de vous décrire ce sentiment merveilleux qui m’habitait, mais il n’y a aucun mot pour décrire ce qu’on ressent quand on est rempli d’amour. Je ne saurais pas même où commencer.
- Wouah! Alors comment j’en arrive là? demanda Danny.
- Là n’est pas la question. Je vais te montrer comment le faire par toi-même. Il y a, en chacun de nous, tout un univers rempli d’amour enfermé dans une minuscule petite boîte et tout ce que nous devons faire, c’est de l’ouvrir. Ça doit être l’un des secrets les mieux gardés. C’est presque comme si on avait cherché à empêcher l’humanité de mettre la main sur cette information. J’ignore qui ou qu’est-ce qui est responsable de nous avoir caché cette capacité que nous possédons, mais il devrait nous appartenir d’en faire usage et de la partager. Avez-vous déjà remarqué, quand vous regardez un film d’horreur, qu’on essaye toujours d’une façon ou d’une autre de vous convaincre que l’amour n’a pas vraiment d’importance? C’est si ridicule que ce n’est même pas drôle. C’est comme dire à quelqu’un que le pétard qu’il tient dans ses mains ne fera pas beaucoup de bruit s’il explose! Laissez-moi finir de raconter l’histoire et vous verrez ce que je veux dire. -
Neena me frotta le dos. « Que dirais-tu de nous faire du thé, Danny. Klaus commence à s’énerver.
- Ça paraît tant que ça? En fait, j’aimerais bien boire un peu du thé. »
Il est dit que le véritable chemin pour toucher le cœur d’un homme passe par son estomac, ce qui est assez vrai. Mais dans mon cas, un massage de dos fonctionne à peu près dix fois mieux.
L’amour de soi
L’amour de soi est
une expérience naturelle.
Mais quand la crainte
la colère, la méfiance, et la honte
prennent le dessus,
nous recherchons cet amour
chez les autres.
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
