Chapitre vingt-deux

- Sneaky n’est pas venu pendant au moins quatre ou cinq jours, ce qui me donna l’occasion de retourner à mes paris et à ma routine quotidienne. Après quelques jours, j’étais pas mal frustré. Ça me prenait un temps fou et me demandait des efforts considérables, et je n’obtenais pas les résultats souhaités ou obtenus précédemment. Même si je sais maintenant quel était le problème, je n’en avais pas la moindre idée à ce moment-là. Il n’est pas difficile de résoudre des problèmes si vous en connaissez la cause, mais si vous l’ignorez, même si vous avez la réponse sous le nez, vous marinez dans votre jus.

J’ai oublié de mentionner ceci. Avant que Sneaky disparaisse quand je prenais mon petit déjeuner, il m’a dit d’acheter des cassettes vierges de sorte que je puisse enregistrer les diverses choses qu’il allait m’enseigner au sujet de l’amour et des différentes choses qu’une personne peut faire avec l’amour. J’ai supposé que ça serait une sorte d’exercice de visualisation. J’étais assis dans ma chaise à tenter de comprendre comment régler mon problème avec les paris quand une idée m’est venue à l’esprit. Plus j’y pensais, plus je trouvais l’idée excellente et plus elle me plaisait. Ce que j’ai décidé de faire était d’enregistrer une cassette de visualisation qui me guiderait pour faire un voyage vers le futur. Je m’étais dit que ça m’aiderait à me concentrer sur la tâche que je voulais accomplir, et que ça m’enlèverait aussi de la pression. J’y ai pensé toute la nuit et je m’étais attardé aux moindres détails, écrivant chaque étape du voyage. Le lendemain, je me suis levé tôt pour aller à la bibliothèque louer un disque de bruitage parce que je voulais rendre ça le plus réaliste possible. J’ai finalement terminé la cassette vers deux ou trois heures de l’après-midi. Rudy tournait en rond, alors j’ai décidé d’aller lui faire faire une promenade avant de tester ma cassette. Il est beaucoup plus facile de se détendre après avoir pris une marche ou après avoir fait un peu d’exercice.

-         Qu’as-tu mis sur la cassette, au juste? demanda Danny.

-         C’est simple. D’abord, j’ai mis environ cinq minutes de musique au début de la cassette, question de me détendre. Ensuite, j’ai enregistré la visualisation comme quoi j’attendais le train à une station et j’ai décrit ce à quoi la station ressemblait. J’ai également ajouté quelques bruits que vous entendriez si vous étiez à une station de train : des gens qui parlent, des bruits de pas, etc. Ensuite, le train arrive. J’ai d’ailleurs mis le bruit d’un train qui arrive à la station et qui s’immobilise. C’était mon propre train privé, et après y être monté et m’être assis, le conducteur vient me demander ma destination. C’est là que je dis au conducteur que je voudrais aller dans le futur juste pour la journée et m’arrêter au dépanneur du coin pour y acheter un journal. Tous les bruits étaient en place pour que quand le train part de la station et prend de la vitesse vous puissiez l’entendre, ça et quand il se déplace. J’ai même utilisé une tasse pour transformer ma voix en celle du conducteur de train. Le train voyage environ 10 minutes avant de s’arrêter. Je sors du train, je vais ensuite au kiosque à journaux et j’achète le journal du lendemain. Ensuite, je remonte à bord du train, et 10 minutes plus tard, je reviens dans le moment présent et je lis le journal pour voir les résultats des jeux. Le tout durait à peu près 35 minutes. Je me suis dit que ce serait beaucoup plus amusant que d’essayer de me concentrer à méditer deux ou trois heures à la fois.

-         Est-ce que ça a fonctionné? dit Danny en levant les yeux de ses notes.

-         Nous y arrivons. Après notre promenade au parc, Rudy et moi, je suis allé dans ma chambre pour tester ma nouvelle cassette. J’ai mis des écouteurs et j’ai remis les bouche-oreilles que j’utilisais pour ne pas entendre les bruits extérieurs. J’ai baissé le volume de la cassette presqu’au maximum de façon à entendre à peine les mots et les bruits et pour ne pas me laisser distraire.

Tout fonctionnait à merveille. Je suis monté à bord du train et j’ai voyagé dans le futur. Quand le train s’est arrêté, je suis descendu, j’ai acheté un journal, et l’ai amené avec moi à bord du train. Je me suis assis, j’ai ouvert le journal à la section des sports et j’ai vu les résultats. Ce n’était pas parfait. Tout était un peu embrouillé, mais je pouvais quand même voir quelques résultats. Et ça ne me dérangeait pas trop parce que je me disais qu’avec un peu de pratique, les résultats seraient meilleurs. Tandis que je regardais les résultats et que j’attendais que le train parte, j’ai entendu le conducteur hurler : « Je monte à bord. » J’ai pensé : « Attends une minute! Ce n’est pas ce que j’ai enregistré sur la cassette! Il aurait dû dire : « En voiture! » J’ai ensuite entendu ce qui ressemblait à des bruits de pas. « Qu’est-ce qui se passe ici? » me suis-je demandé. C’est là que je l’ai vu, marchant dans ma direction. Il s’est assis devant moi et m’a souri d’un air très malicieux.

« Hé! C’est mon train privé. Veux-tu bien me dire ce que tu fous ici? » ai-je dit. J’ai essayé de l’effacer de la scène, mais mon imagination ne coopérait pas. Il commençait vraiment à m’énerver.

« Tu essaies d’effacer ton invité? Ce n’est pas une très belle preuve d’amour! Tu devrais vraiment revoir ton attitude! » dit-il.

-         C’est trop étrange, dis-je. Comment peux-tu me voir? Comment est-ce que je peux te voir? Ce n’est pas censé être vrai! Qu’est-ce que tu veux? » Je pouvais vraiment sentir mon cœur battre plus rapidement.

« Pour répondre à ta première question, tu es dans un état intensifié de conscience, et dans cet état, ton imagination est beaucoup plus vraie que tu ne le penses. En fait, tu es beaucoup plus près de ton vrai toi que tu ne l’es normalement dans ce que tu appelle ta réalité physique. Quant à ta deuxième question, nous partons faire un petit voyage où tu pourras voir les choses comme elles sont et même de la manière que tu veux qu’elles soient faites.

-         Tu sais, ma vie allait très bien jusqu’à ce que tu apparaisses, ai-je répondu. Que veux-tu dire par ‘de la manière que [je] veux qu’elles soient faites’?

-         Rien n’est commencé, dit-il, et rien n’est fini. Mais je t’expliquerai ça plus tard. Dans l’état dans lequel tu te trouves en ce moment, tu peux faire et voir des choses qui normalement sembleraient impossibles. »

J’avais décidé de jouer le jeu, puisque je me disais que cette information pourrait m’être utile.

-  Alors? Qu’est-ce que je peux faire au juste, dans ce soi-disant état? ai-je demandé.

-         Tu es dans un état de conscience où tu es relié à cette plus grande partie de toi-même. Dans cette partie, tes pensées conscientes en ce qui a trait à ce que tu peux et ne peux pas faire ne font pas obstacle. Tu peux user de ton imagination pour te relier à ton plus grand toi et à ses capacités de faire quelque chose que tu veux, et à créer la vie que tu veux. Une fois que tu auras compris le procédé, tu pourras le faire même en état d’éveil. -

Je pouvais sentir et entendre le train ralentir. Il allait s’immobiliser quand Sneaky a dit : « La démonstration va maintenant commencer. Sors immédiatement du train!

Une seconde plus tard, j’étais déjà hors du train. Je n’étais pas chez moi, mais debout à coté d’un petit étang que j’ai tout de suite reconnu. Quand j’étais petit, cet étang était énorme; du moins, c’était ainsi que je le voyais à ce moment là. C’était un de mes endroits préférés. Presque personne n’y venait. Des gens m’avaient dit que c’était hanté et qu’un monstre était supposé y vivre. Aucun autre enfant n’y allait, même quand ils étaient à ma poursuite. J’y étais toujours à l’abri. C’était aussi l’endroit où j’avais rencontré Sneaky pour la première fois, ou du moins, c’est ce dont je me souviens maintenant. »

Je regardai Neena et Danny. « Retenez cette phrase : « C’est ce dont je me souviens maintenant. » Elle est très importante pour le reste de l’histoire. »

Ils acquiescèrent, perplexes.

« Je me tenais là à me remémorer tous les combats d’épée que Sneaky et moi avions eu là. Puis, j’ai vu un petit enfant qui brandissait un bâton à la manière d’une épée s’approcher. « Mince alors, me suis-je dit, c’est moi! Je suis si petit! » Et pour quelque raison que ce soit, j’ai été surpris de ma petite taille. Je me suis vu sauter autour et frapper les arbres les uns après les autres avec mon épée de bois, si plein de vie. Il a marché jusqu’à moi, a pointé son bâton vers moi, et a dit : « Mais où étais-tu? Je t’ai cherché toute la journée. »

Je ne savais pas comment réagir ou quoi dire. Je suis simplement resté là, à le fixer. Tout de lui semblait annoncer des problèmes, et pourtant, il rayonnait. J’ai alors entendu Sneaky dire : « Il te voit comme tu me vois! Amusez-vous! »

-         Pourquoi restes-tu planté là comme un idiot? Rends-toi ou bats-toi, espèce de lâche! dit-il en brandissant son bâton fatiguant devant mon visage.

-         Si tu veux te battre, alors tu t’es trouvé un adversaire, dis-je en esquivant ses coups audacieux. -

J’ai cassé la branche d’un arbre voisin et la bataille a commencé. Nous avons combattu autour des arbres, sur des rochers, derrière des buissons, et après qui sait combien d’heures, nous nous sommes finalement installés sur des rochers. Je n’étais même pas sûr de l’endroit où nous avions atterri, mais ça n’avait pas d’importance. Tout ce qui importait était d’être plein de vie et d’avoir du plaisir.

Il me regarda. « Pourquoi les gens sont-ils si stupides?

-         Ils te traitent encore de stupide? ai-je demandé.

-         Oui, » dit-il d’un air beaucoup plus triste.

Je pensais à ce que j’allais dire quand mes lèvres se sont mises à bouger. C’était comme si je me parlais et que je m’écoutais parler en même temps.

« Ils ne sont pas vraiment stupides, c’est juste qu’ils agissent ainsi parce qu’ils ont peur.

-         Peur de quoi?

-         Ils ont peur de tout : peur de ne pas être Aimés, peur d’être trop Aimés, peur de mourir, de vivre, de ne pas avoir assez de nourriture, peur que les autres leur fassent du mal ou qu’ils leur volent ce qu’ils ont. » Les mots sortaient de ma bouche et je les écoutais en même temps que lui. « Ils ont même peur de ce qu’ils n’ont pas, que les autres soient meilleurs qu’eux, ou d’être seuls, d’être avec des gens, d’être ridiculisés, de ne pas être aimés ou acceptés, peur que quelque chose aille de travers, et quelques fois, ils ont peur quand les choses vont bien. Ils ont peur de ceux qui n’ont pas peur, et surtout, ils ont peur l’un de l’autre.

-         Alors? demanda-t-il avec un air perplexe.

-         La peur peut te conduire à poser des gestes dédaigneux. Elle peut même rendre les gens fous. Elle vide lentement tout l’amour de la vie et te laisse avec de la colère qui peut se transformer en haine. Tout ça à cause d’un manque d’amour. L’amour est la nourriture de l’univers et de tout ce qui s’y trouve. Sans amour, il n’y a que chaos, haine, colère, et peur. Là où il y a de l’amour, il y a de la paix, de la joie, de l’épanouissement, de la confiance, et de l’abondance. C’est pourquoi les choses sont telles qu’elles sont : c’est juste une question d’un manque d’amour.

-         Où est tout cet amour, alors, et pourquoi personne ne sait comment avoir du plaisir?

-         Ils savent comment en avoir, c’est juste qu’ils ont peur et ne croient pas qu’ils peuvent avoir du plaisir et survivre à la fois. Ils croient que le travail doit être dur et compétitif, avec un gagnant et un perdant. Et en ce qui concerne l’amour, il est à l’intérieur de chacun de nous, en attente d’être libéré.

-         Ils pensent qu’ils connaissent tout, n’est-ce pas? Ils devraient jouer et avoir du plaisir comme nous, alors tout le monde serait heureux.

-         Ils ont oublié ce qu’est le véritable amour, et un jour tu l’oublieras toi aussi. -

Je regardai Neena et Danny. « Le plus étrange c’est que je me rappelle avoir eu cette conversation avec Sneaky quand j’étais petit, et pourtant, je sais aussi que j’ai cette conversation avec moi, seulement, cette fois, je suis l’ange. Et si ça ne vous en bouche pas un coin quant à la réalité du temps, alors je ne sais pas ce qui le fera. »

Ils inclinèrent leur tête en signe d’accord.

« Il sauta et balança frénétiquement son bâton dans les airs, en hurlant : « Non, jamais! Peu importe ce qu’ils feront, je combattrai! »

J’étais sur le point de dire : « Plus tu te débattras, plus tu le deviendras! » Mais je ne suis pas sûr si les mots sont sortis de ma bouche, parce qu’ai senti une secousse et je me suis retrouvé dans ma chambre. J’étais étourdi et toujours sous le choc, et j’entendais quelqu’un appeler mon nom. C’était mon ami Jeff. Je pouvais l’entendre dans la cuisine. Je me suis levé et nous nous sommes rencontrés au milieu du corridor. J’étais encore à moitié endormi et je me frottais les yeux.

« Que faisais-tu, tu dormais encore? a-t-il demandé.

-         Ouais, juste un petit somme.

-         Il dort au beau milieu de la journée! » Jeff a secoué la tête, est entré dans le salon et s’est assis sur le divan.

« Je travaillais sur mes probabilités et je suis tombé endormi. J’ai ensuite fait un drôle de rêve. Je vois que tu as apporté de la bière. » Je me suis assis, essayant toujours de m’orienter.

« Je vais la mettre dans le réfrigérateur. » Il a amené la bière dans la cuisine. « Tu as vraiment une sale tête! On dirait que tu as vu un fantôme! »

Il est revenu dans la salle de séjour et m’a tendu une bière.

« Tu perds la boule, mon vieux. Tu ferais mieux d’arrêter ce truc de voyage dans le temps. » J’ai ri avec lui, me disant : « Si seulement tu savais!

-         Continue à faire ce truc avec ton esprit et tu finiras par commenter des courses de chevaux à partir d’une gentille pièce bien capitonnée et bien chauffée que tu auras pour toi tout seul! » Il a ri.

-         Ouais, et tu vas mettre de l’argent dessus!

-         En autant que tu dises vrai. Je t’apporterai des cigarettes chaque deux jours!

-         Et que feras-tu de la part de gains qui me revient?

-         Oh, je les garderai pour toi, pas de problèmes. » Il affichait un sourire en coin.

Nous avons passés les quatre ou cinq heures suivantes à boire et à se chamailler à savoir si c’était possible de prédire le futur. Son argument était que le futur n’avait pas encore eu lieu et donc, qu’on ne pouvait le prédire. Mon argument était que le futur, le présent et le passé ne font qu’un et que le temps est une illusion; par conséquent, le futur peut non seulement être calculé et prédit, mais peut aussi être créé. S’il n’était pas aussi têtu, il serait capable de le voir. Bien sûr, il pense que c’est moi qui est têtu. Il dit que je suis seulement chanceux. Je dis que la chance n’existe pas. Il pense que l’univers est une question de hasard. Je dis qu’il n’y a rien de laissé au hasard avec l’univers. Il dit que je suis un baratineur. Devinez ce que je pense. Et ça continue! Tant qu’il y aura des joueurs, la partie continue! -

Détails

Mille variantes,

et pourtant, on dit

qu’il n’existe que deux types d’actions :

un acte d’amour

ou

un appel à l’amour.

Mais les variantes,

il en existe bien un millier.