Chapitre Un
C’était le début de l’hiver. Habituellement à cette époque de l’année, il fait assez froid, mais cette année il faisait chaud, presque comme en été. C’était un jour très nuageux, et il semblait qu’il allait pleuvoir.
J’étais chez moi en train d’essayer d’écrire ce livre, mais je n’arrivais tout simplement pas à trouver la façon de raconter l’histoire. Je ne suis pas un écrivain : je n’ai jamais rien écrit auparavant. J’avais essayé pendant plusieurs heures d’écrire, mais bien que j’avais pris quelques notes de choses qui s’étaient produites, je n’arrivais toujours pas à aller plus loin que les premières pages. Je n’arrivais pas à trouver les mots pour expliquer ce qui c’était passé deux ans auparavant et qui avait changé ma vie à jamais. Finalement, j’avais abandonné et décidé d’aller faire quelques courses au centre-ville.
Je stationnai ma voiture dans un endroit où je savais que je pouvais la laisser tout l’après-midi sans payer de stationnement ou écoper d’une contravention, et je marchai jusqu’aux endroits où j’avais besoin d’aller. Une fois mon magasinage terminé, je décidai d’aller rendre
visite à un ami prénommé Henry, et lui proposai d’aller prendre un verre.
Il n’en faut pas beaucoup pour tordre le bras d’Henri; nous sommes donc arrivés au bar en un rien de temps. C’était un petit bar tranquille appelé Hy’s. Après y avoir passé plusieurs heures, je décidai qu’il était temps de rentrer à la maison. En sortant à l’extérieur, il pleuvait beaucoup, ce qui était inhabituel à cette période de l’année… sans compter qu’il pleut rarement aussi fort ici à Calgary.
Je savais que j’allais être trempé, alors je courus rapidement pour passer d’un coin sec à un autre, non pas que cela ait aidé; c’est juste une de ces choses bizarres que nous faisons, bien que, logiquement, ça n’ait aucun sens. Il faisait déjà sombre et avec la pluie, la visibilité était mauvaise. Je me tins debout dans un petit abri, à essayer de retrouver mon chemin. En regardant autour de moi, je m’aperçus que je me tenais sur un genre de patio, avec un toit, presque comme la véranda d’une maison. Un petit signe lumineux dans la fenêtre disait :
Neena’s Bar.
Je ne me souvenais pas d’avoir vu cet endroit auparavant. L’endroit au complet ne faisait guère plus de 15 pieds de large. C’était comme s’il était venu se fourrer entre deux immenses édifices en briques.
J’entrai à l’intérieur. En jetant un coup d’oeil, je vis qu’il y avait seulement deux personnes en plus du barman. À ma droite : un très petit bar d’environ dix pieds de long. Une femme avec de longs cheveux blonds bouclés était assise au bar, en train de parler au barman. À ma
gauche, assis à une table, il y a avait un homme portant un chapeau. J’allai donc m’asseoir au bar, laissant un tabouret entre la blonde et moi. En m’assoyant, elle se tourna vers moi et dit :
- Est-ce qu’il pleut encore dehors?
- Oui, plus fort que jamais, – répondis-je. Un frisson me parcourut l’échine.
- Qu’est-ce que je vous sers? demanda le barman.
- Un scotch sur glace. -
Je regardai mon pantalon mouillé et me dit que j’aurais dû m’arrêter à un autre endroit. Un chocolat chaud aurait été bien. En regardant autour de moi, je me demandai pourquoi j’étais entré ici; cet endroit donnait une étrange impression. La blonde interrompit mes pensées.
- Donne-lui ce qu’on a de meilleur, Danny.
- D’accord – dit le barman.
Affichant une mine déconfite, je pensai : ça va me coûter cher.
- Ne t’inquiète pas, c’est la maison qui offre. – dit la blonde, comme si elle avait entendu mes pensées.
- Merci – dis-je, agréablement surpris. En la regardant brièvement, je pensai que je pouvais compter sur une main le nombre de fois où j’avais entendu cette phrase prononcée.
Elle était très belle, avec de longs cheveux blonds bouclés qui semblaient aussi doux que de la soie. Je détournai le regard et continuai d’examiner les alentours, en pensant que cet endroit semblait étrange, mais intime et accueillant à la fois.
Le barman déposa un verre de scotch sans glaçons devant moi. J’allais le lui faire remarquer, mais il était encore occupé à remplir le verre.
- Nous n’avons pas de chocolat chaud, mais je peux réchauffer ça pour vous, ajouta-t-il rapidement.
- Du scotch chaud! Jamais entendu parler de ça! répondis-je en fronçant les sourcils.
- C’est très bon, essaie-le! dit la blonde.
- Eh bien, pourquoi pas? » J’avais toujours aimé essayer de nouvelles choses.
Mes cheveux étaient mouillés et l’eau me coulait sur le visage. J’allais demander où se trouvaient les toilettes quand le barman me tendit une serviette.
- Merci. -
Je m’essuyai les cheveux et le visage, et après avoir déposé la serviette, je remarquai du coin de l’oeil que la blonde était maintenant assise sur le tabouret à côté de moi. Cela me rendit un peu nerveux. Je ne la regardai pas, mais fixai plutôt le barman, qui réchauffait mon scotch, en attendant qu’il ne me le serve. Le bar était d’un calme fantomatique : aucune musique ne jouait, pas de radio et pas de son, ce qui était inhabituel. Cela avait tout d’une autre soirée étrange, pensai-je.
Le barman posa le verre de scotch chaud devant moi et recula pour attendre. Je pris le verre, sachant que quatre yeux me fixaient, et bus une petite gorgée.
Je me tournai vers la blonde. – Wow, ça s’évapore avant même d’arriver à votre estomac! C’est très bon, merci. -
Nos regards se croisèrent au moment où elle sourit : ce fut une erreur. Ses yeux étaient calmes comme un océan reflétant la lune et la lueur des étoiles. Je me retournai, un peu embarrassé. Danny se tenait debout à quelques pieds de distance, occupé à nettoyer des verres. Je m’assis en silence, regardant droit avant et réchauffant mes mains avec le scotch chaud. Avec ce calme, mon livre me revint à l’esprit. Peut-être devrais-je suivre un cours, pensai-je, ou mieux encore, peut-être devrais-je simplement oublier tout ça. Cette pensée me soulagea momentanément.
- Au fait, mon nom est Neena. – dit la blonde, un sourire aux lèvres.
J’en renversai presque mon scotch. J’ai tendance à me perdre dans mes pensées et j’ai besoin d’être approché doucement.
- Désolée, je ne voulais pas t’effrayer – dit Neena. Elle me tendit la main.
- Ça va. Moi, c’est Klaus.
- Ravie de te rencontrer, Klaus. Ce beau monsieur derrière le bar, c’est Danny.
- Pourquoi ce froncement de sourcils?
- Je ne m’étais pas rendu compte que je fronçais les sourcils.
- Un problème avec ta copine?
- Non – dis-je, tout en sirotant une gorgée de mon scotch chaud.
- Tu ferais tout aussi bien de le lui dire; elle n’abandonnera pas tant que tu ne lui auras pas tout raconté, dit Danny en souriant derrière le comptoir.
- C’est une longue histoire – déclinai-je en secouant la tête.
Neena se pencha vers moi avec un de ces regards qui disait : – Nous avons toute la nuit -.
Je pris nerveusement une grosse gorgée de mon scotch.
- Sers un autre verre à Klaus, Danny, dit Neena.
- À vrai dire, je devrais vraiment y aller » dis-je à voix haute, alors qu’une autre partie de moi disait : un autre, s’il-vous-plaît. Il y a certainement un ivrogne qui sommeille en moi quelque part.
Danny fit fi de ce que j’avais dis et me versa un autre verre.
- Allez Klaus, dis ce que tu as sur le coeur! Dis-le nous – exigea Neena, en collant presque son visage sur le mien pour m’obliger à établir le contact visuel. Une partie de moi me disait : regarde-la, poule mouillée.
- Klaus! – dit Neena vivement.
Je sentis un coup de poing sur mon bras, ce qui interrompit mes pensées.
- Quoi? – J’étais quelque peu contrarié qu’un étranger me frappe.
- Vas-y, dis-nous! – ordonna-t-elle.
En la regardant dans les yeux, je me demandai combien d’épées avaient été dégainées pour se battre pour ces yeux. Mes paroles devancèrent mes pensées. Je déteste quand cela se produit.
- J’essaye d’écrire un livre sur ce qui m’est arrivé il y a quelques temps, mais je n’ai aucune idée de la manière ou même de l’endroit où je devrais commencer. C’est bien trop dur pour moi, dis-je en me décidant à ne plus jamais regarder dans ces yeux.
- C’est à propos de quoi? – s’enquit-elle, pendant que Danny posait mon verre devant moi.
- C’est sur les anges, un peu plus sur l’amour, en fait; au sujet de la vie, de la raison de vivre, mais principalement sur l’amour, je pense… - J’aurais aimé m’être arrêté à un autre endroit.
- Maintenant, c’est intéressant! Alors que s’est-il-passé? – Neena était définitivement persistante.
Je secouai la tête. – C’est une longue histoire et elle est très bizarre. -
Danny rit. – C’est si tu arrives à sortir d’ici sans lui raconter ton histoire que ce sera très bizarre. -
Je secouai de nouveau la tête. – Je ne saurais même pas par où commencer. -
Je songeai à ça une minute, parce que d’une certaine façon, cela me démangeait de raconter l’histoire à quelqu’un. Mais puisque que je ne reverrais probablement plus jamais ces gens, c’était probablement l’occasion parfaite; mais par où commencer?
- Commence au tout début – dit Neena en me tirant hors de mes pensées.
Danny était penché vers l’avant, prêt à entendre l’histoire. Il s’amusait évidemment.
- Je dois vous prévenir que c’est une histoire très étrange, dis-je.
- Nous sommes tout ouïe! – Neena affichait un sourire victorieux.
Je peux le constater, pensais-je.
- Donnez-moi un moment pour rassembler mes pensées – dis-je.
La vérité
Qu’est-ce que l’imagination?
Quelle est la réalité?
Qu’est-ce que la vérité?
Est-ce que la réalité est ce que nous croyons
ou ce que nous imaginons la réalité?
Alors qu’est-ce que la vérité?
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
