Chapitre trente
- J’ai presque oublié de vous raconter cette partie. Après que Sneaky m’ait dit que je pouvais aller dans mon passé et envoyer de l’amour à mon moi du passé, j’ai décidé d’essayer. Au début, je suis allé seulement dans mon enfance, quand j’avais neuf ans et moins. La raison pour laquelle j’ai choisi cette période, c’est parce que j’ai grandi sans surveillance parentale, ce qui semble pour le moins étrange, mais c’était ainsi. Je n’avais pas d’amis, ce qui m’a donné une vue assez unique de la vie parce que personne ne me disait que les gens ne pouvaient parler aux arbres ou communiquer avec les animaux. En fait, c’est une chose très naturelle, excepté que personne ne semble le comprendre, alors automatiquement, ils disent à leurs enfants que ce n’est pas possible. Ainsi, les seuls amis que j’avais étaient les animaux et les arbres. Vous seriez surpris de savoir à quel point les arbres sont instruits, surtout les plus âgés. Ils en connaissent plus sur le fonctionnement de l’univers que tous les scientifiques réunis. Ce qu’il y a de vraiment bien avec les arbres c’est qu’ils ne s’enfuient jamais. Il semble que L’amour inconditionnel est leur vie ou l’essence même de ce qu’ils sont. J’ai décidé que cette période de ma vie était un bon endroit où commencer, car je savais que ce moi du passé avait besoin de compagnie. Le plus étrange c’était que chaque fois que je rendais visite à ce moi enfant dans le passé, il pouvait me voir. Nous avons passé passablement de temps à parler. Je lui ai parlé de choses que Sneaky m’avait déjà montrées.
- Comment as-tu réussi à voyager dans le passé? demanda Danny.
- J’ai juste utilisé le train imaginaire de la même façon que je l’ai fait pour aller dans le futur.
J’ai fait ça pendant à peu près un an, pas tous les jours mais plusieurs fois par semaine. J’ai fini par quitter la période de mon enfance et ai rendu visite à mon moi du passé. Lorsqu’il est devenu plus âgé, il ne me voyait plus. Je voyageais donc simplement jusqu’aux périodes plus difficiles et je l’entourais d’amour. Je pouvais voir les changements que ça apportait. En faisant ça, mon moi présent commençait à changer, et en quelque sorte, en changeant, mon passé changeait également. Je ne peux pas vraiment donner d’exemples, mais je sais qu’il est différent de la façon dont je le voyais avant.
- Attends une minute, interrompit Danny. Si tu allais dans ton passé et que ton toi du passé pouvait te voir, comment paraissais-tu à ses yeux?
- Pour lui, je ressemblais à un ange, répondis-je.
Après les vacances de Noël et du jour de l’An, j’ai conduit mon fils à la station d’autobus pour qu’il retourne chez sa mère. Je suis pas mal certain que c’était le 4 janvier 1996. Le trajet n’était pas agréable. Mon fils et moi étions restés silencieux. Il ne voulait pas partir et je ne voulais pas non plus qu’il s’en aille. C’était très douloureux, comme si on arrachait une partie de moi. Après avoir vu mon fils monter dans l’autobus, je suis retourné chez moi. Sneaky est apparu à peu près à la moitié du chemin. Je pouvais à peine le voir et l’entendre, probablement en raison de l’état émotionnel dans lequel je me trouvais. Je repensais à toutes les choses que j’aurais pu mieux faire et à toutes les choses que j’avais mal faites pour en arriver à ce stade.
« Tu sais, il a mal autant que toi, a dit Sneaky.
- Oh, je me sens vraiment mieux, maintenant, ai-je dit. Il n’y a rien que je puisse faire par rapport à comment il se sent.
- Tu peux faire beaucoup. Tu serais surpris de voir combien envoyer de l’amour peut guérir.
J’y ai pensé un moment et je l’ai regardé, en essayant de me concentrer pour mieux le voir.
« Penses-tu?
- Oui! » Je le recevais maintenant cinq sur cinq. « Même si tu ne le revoyais jamais, tu pourrais lui envoyer de l’amour. Si tu fais ça chaque jour, ça fera toute la différence, plus que tu ne l’imagines. Et tu sais, c’est facile à faire. »
Je n’ai rien dit. Je me suis dit que je pouvais au moins essayer.
- Laisse-moi te dire que si tout le monde faisait ça avec un enfant, ça changerait tout! Et si vous n’avez pas d’enfant, vous pouvez en adopter un mentalement.
- Que veux-tu dire par là?
- Je veux dire de l’adopter dans votre esprit et votre cœur et de choisir d’envoyer régulièrement de l’amour à cet enfant. Personne n’a besoin de le savoir et il n’est pas nécessaire que vous voyiez cet enfant ou que vous connaissiez l’endroit où il se trouve à un moment précis. L’amour que vous envoyez le trouvera. Envoyer de l’amour chaque jour de cette façon fera beaucoup. C’est indescriptible. »
Je suis tourné dans l’allée de garage. « Tu veux dire que ça les gardera hors des rues ou hors de danger?
- Oui! A-t-il répondu. Ça ne changera peut-être pas les circonstances auxquelles ils font face, mais ça les aidera, et avec assez d’amour, ils prendront des décisions différentes. »
Je pensais à ce qu’il avait dit pendant que je stationnais la voiture et entrais dans la maison.
Je me suis assis dans ma chaise préférée et je me suis allumé une cigarette. « Donc, si je comprends bien, tu dis que plus une personne reçoit de l’amour, moins il y a de chances qu’elle agisse sur le coup de la colère et qu’elle blesse quelqu’un d’autre?
- Oui. Consciemment, ils ne sauront pas qu’on leur envoie de l’amour, mais inconsciemment, ils le sauront, et l’amour neutralisera beaucoup de frustrations et de douleur qu’ils pourraient ressentir. Par exemple, ils pourraient commencer à ne plus avoir l’impression que le monde est contre eux. Ils pourraient ne pas savoir pourquoi c’est différent, mais ils savent que ça l’est. Pense seulement aux périodes difficiles que tu as traversées durant ta vie. N’aurait-il pas été plus facile si tu avais eu plus d’amour autour de toi, même si tu ne savais pas d’où il venait?
- J’imagine que ça a du sens, ai-je répondu. J’imagine aussi que l’endroit d’où vient cet amour importe peu, tant que tu le reçois.
- Tu ne peux survivre sans amour. La valve imaginaire qui permet à l’amour de circuler en toi n’est jamais tout à fait fermée, mais à un certain point, quand l’espace est tellement restreint que seules quelques gouttes parviennent à couler, les choses commencent à se produire. Tu es frustré et tu ressens beaucoup de douleur, parce que comme la valve se ferme, ça devient douloureux, de la même manière que mourir de faim serait douloureux. Il y a certains endroits dans le monde qui semblent être constamment en guerre. Pourquoi, d’après toi? C’est simple : dans chaque individu, la valve s’est fermée à un point tel que tout ce à quoi ils pensent est la colère, la haine, la jalousie, et ainsi de suite.
- Qu’arriverait-il si la valve se fermait complètement?
- Tu deviendrais fou. Le reste dépend de qui tu es, des circonstances dans lesquelles tu te trouves, et de l’endroit où tu te trouves. Si tu vis dans une zone de guerre, tu pourrais faire une course suicidaire vers un ennemi imaginaire. Si tu vis dans un endroit paisible, tu pourrais te suicider ou entrer dans un magasin et faire exploser tout le monde, toi y compris.-
Malheureusement, Sneaky avait raison. Si une personne se sent aimée, elle ne fera jamais rien pour blesser une autre personne.
« Aimerais-tu que j’ouvre ton esprit un peu plus ou aimerais-tu qu’on en reste là?
- Tu peux aussi bien y aller. Je suis tout ouïe.
- Si 12 % de la population de n’importe quelle ville envoyait assez d’amour pour remplir cet endroit chaque jour, il y aurait tellement d’amour dans l’air et ce serait tellement paisible que la police n’aurait plus rien à faire. La même chose s’applique pour un pays ou pour le monde.
- Maintenant, tu m’ouvres pas mal l’esprit! ai-je dit en souriant. Pourquoi 12 %?
- Parce que l’amour est la force la plus puissante dans l’univers. Tout découle de l’amour. Et c’est tout ce que ça prendrait pour faire pencher la balance. L’amour grandit. Rien ne peut le battre et rien ne peut lui tenir tête. »
Nous sommes restés silencieux pendant un moment.
« Tu as vu et expérimenté ce qu’ouvrir ton cœur et rayonner d’amour pouvait faire. C’est la même chose pour envoyer de l’amour, a-t-il dit. Imagine ce qui se produirait si deux personnes dans une relation s’envoyaient mutuellement de l’amour. Que penses-tu qu’il arriverait?
- Ce serait incroyable, ai-je répondu. Je ne pense pas qu’il y aurait de mots pour décrire la sensation. Je pense que j’aimerais sans aucun doute l’essayer.-
J’ai regardé en direction de Sneaky, mais il était parti. Je suis allé me coucher et j’ai envoyé de l’amour à mon fils. »
Je regardai Neena et Danny. « Ce jour-là, j’ai commencé à envoyer de l’amour à mon fils, et depuis, je n’ai pas manqué un seul jour. Je ne peux même pas vous décrire toute la différence que cela a fait. C’est incroyable. Et je continuerai à lui envoyer de l’amour chaque jour, tant et aussi longtemps que je vivrai. J’ignore dans quel état les choses seraient aujourd’hui si ce n’était pas de cette petite partie de connaissances, mais en toute honnêteté, je ne veux pas le savoir!
Il en est ainsi
Un malheur se produit,
et
si personne ne dit non
ni ne donne d’amour,
alors la malchance
continuera de s’acharner.
Et alors, qui faudra-t-il vraiment tenir responsable?
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
