Chapitre trente-trois
- Vas-tu nous parler de cette chose que tu avais oubliée de nous mentionner? demanda Danny.
- Je pense que oui, dis-je. Je n’ai pas encore mis tous les morceaux ensemble, mais je pense que cela va être un grand morceau du puzzle. Les gens semblent penser que nous sommes seuls sur cette planète, ce qui n’est pas tout à fait vrai.
Ça a commencé avant Noël. Je parlais et plaisantais avec Sneaky au sujet d’aller en vacances et m’a dit que c’était une très bonne idée. Il a dit qu’il allait me montrer un endroit très intéressant. Je me suis dit qu’il m’amènerait quelque part physiquement, mais ce n’est pas tout à fait comme ça que ça s’est passé. Quelques jours après avoir eu cette conversation, je revenais de ce que j’appelle maintenant mon tour de train astral, ce qui n’est probablement pas la description la plus précise puisque c’est seulement ma conscience qui laisse temporairement mon corps dans la réalité actuelle. J’étais revenu sur le train et je regardais les résultats sportifs dans le journal que j’avais pris quand Sneaky a décidé de faire une brève apparition. Il m’a dit qu’il allait m’amener en vacances là où il avait promis. Je n’étais pas du tout impressionné parce que j’espérais quelque chose de plus vrai physiquement, mais j’ai tout de même accepté. Quand mon train imaginaire s’est arrêté, Sneaky a proposé que je sorte, et à ce moment, il a disparu.
Au début, c’était difficile de voir clairement l’endroit où j’étais arrivé, mais j’y suis retourné plusieurs fois depuis. Chaque fois, ça devenait plus clair et je pouvais me concentrer sur les environs plus clairement. C’était un endroit d’une beauté incroyable. Il y avait un petit étang. L’eau était parfaitement claire et de temps à autre je pouvais voir un poisson nager alentour. De grandes herbes et des bancs de fleurs sauvages entouraient l’étang. Je n’en avais pas vu souvent, avant. À une extrémité de l’étang, on pouvait voir quelques arbres qui se transformaient ensuite en une forêt très profonde et dense. Les plantes, l’herbe et les arbres ne m’étaient pas familiers. Sneaky ne m’a jamais dit où j’étais, mais il m’a indiqué que c’était un vrai endroit et qu’il existait réellement. Cela a pris quelques mois avant que je me rende compte que c’était à Hawaï. Je n’ai pas trouvé où c’était exactement sur la carte, mais j’ai l’intention de le trouver, pour différentes raisons. La raison pour laquelle je n’ai pas identifié la végétation c’était parce que c’était à Hawaï. J’avais l’habitude de souvent y aller, mais je n’y vais plus beaucoup parce que je suis occupé à autres choses. Par contre, à ce moment-là, c’était l’endroit parfait pour aller me calmer les esprits. Plusieurs fois, tandis que j’étais là, il y avait une biche en particulier qui avait l’habitude de venir et de s’étendre près de moi. Je l’ai appelée Bambie. Les biches ont de très beaux yeux, mais ce que j’aimais le plus c’était d’observer ses oreilles. Elles étaient presque comme les réflecteurs paraboliques radars qui pouvaient pivoter dans toutes les directions. C’était la chose la plus cool. Après y être allé plusieurs fois, j’avais l’impression qu’on m’observait. Il s’est avéré que j’avais raison. J’en suis venu à la conclusion que ce qui m’observait était quelque part dans les arbres. J’ai demandé à Sneaky à plusieurs reprises, mais chaque fois, il me souriait seulement.
Un jour que j’étais là, l’étang était d’un calme complet, on aurait presque dit de la vitre. Je regardais Bambie quand j’ai remarqué qu’il y avait des ondulations dans l’étang, comme si quelqu’un y avait jeté un petit caillou. J’ai regardé les ondulations et j’ai remarqué que quelque chose se tenait en partie derrière un arbre. Pendant que je le regardais directement et essayais d’ajuster ma vision aussi clairement que possible, il s’est éloigné de l’arbre et s’est approché du bord de l’eau. Ça semblait humain, mais ça se déplaçait environ dix fois plus rapidement. J’étais un peu nerveux, mais j’ai remarqué que Bambie l’avait également vu et qu’elle ne semblait pas effrayée. J’ai retourné mon attention de nouveau vers celui qui nous observait, Bambie et moi. Quoique je ne pouvais pas voir très clairement, c’était une femelle, ou du moins, il me semblait pouvoir distinguer les traits d’une femelle. Elle semblait porter quelque chose qui était fait en écorce d’arbre. J’ai cru que c’était un certain genre d’elfe d’arbre, mais ça ne collait pas. J’ai regardé vers Bambie pour voir si elle regardait toujours. Ses oreilles étaient tournées dans cette direction, mais elle n’y prêtait pas vraiment attention. Avant de me retourner de nouveau vers la femelle de l’autre côté de l’étang, j’ai envoyé un message télépathique dans lequel je disais : « Mes arbres, mon lac, va-t’en! » J’ai regardé le lac et j’ai vu qu’elle était partie. Au même moment, je me suis rendu compte qu’elle était assise à ma gauche. Ça a été un choc, parce que je ne pouvais pas décider si elle était laide, belle ou effrayante. Je n’avais jamais rien vu de semblable! Elle regardait vers moi, mais pas directement, et elle n’établissait pas de contact visuel direct. De sa voix qui chuchotait doucement et que vous auriez pu entendre à des kilomètres à la ronde, elle a dit : « Qu’est-ce qui t’incite à penser que ce sont tes arbres? -
Il y avait trop de pensées qui défilaient dans ma tête pour répondre. Je l’ai juste regardée fixement. Elle n’avait rien de dangereux, mais je savais que c’était quelqu’un que je ne devais pas embêter. Elle avait les oreilles pointues, légèrement plus longues que ce qui serait considéré humain. Ses cheveux étaient comme de la mousse d’arbre. Sa peau me rappelait l’écorce de papier. Ses doigts et ses ongles étaient longs. Son corps ressemblait relativement à celui d’un humain et elle était en partie recouverte de ce qui ressemblait à de l’écorce d’arbre coupée en tranches minces et accrochée à son corps dans différentes longueurs et drapée en partie au-dessus de ses épaules. Elle était mince et mesurait environ 5 pieds. Son visage était mince, et elle avait de grands yeux ronds foncés et de longs cils… presque comme les yeux de Bambie. Si elle était apparu au mauvais moment, elle aurait pu facilement m’effrayer, mais alors que je continuais à la regarder, je me suis rendu compte qu’elle était en fait plutôt belle à sa manière. Elle avait un parfum de miel, de branches de pin et de fleurs. N’importe parfumeur donnerait cher pour mettre la main dessus. Son parfum était si enchanteur que je me suis égaré dans mes pensées. J’ai supposé qu’elle avait lu dans mes pensées à en juger par son sourire explicite qui m’aurait embarrassé si elle n’avait pas tourné ses yeux vers les miens. La seconde où nous avons établi un contact visuel, j’ai fondu avec l’univers. J’ai senti que je ne faisais plus qu’un avec chaque arbre qui avait vécu. C’était un peu trop pour moi; j’ai dû m’évanouir un moment donné parce que lorsque j’ai repris connaissance, j’étais de retour dans ma chambre à coucher. Quand j’ai revu Sneaky, je l’ai interrogé à son sujet, mais il a refusé de me dire quoi que ce soit.
Au cours des six mois suivants, j’y suis retourné très souvent. Pendant ces six mois, j’ai appris beaucoup d’elle. Nous avons passé du temps à parler télépathiquement. Il s’est même avéré qu’il y en avait d’autres comme elle, quoiqu’elle soit la seule que j’aie vue jusqu’ici. Elle m’a expliqué que de petits groupes vivaient dans diverses régions du monde. Elle semblait en connaître beaucoup sur moi et sur ma vie. Quand je l’ai interrogée là-dessus, elle a ri et m’a expliqué qu’ils me connaissaient depuis que j’étais très petit. Quand j’étais très jeune, j’avais l’habitude de passer beaucoup de temps autour d’un petit étang. Les gens ont toujours dit que cet étang était hanté. Cela semblait raisonnable étant donné qu’elle m’avait dit qu’un petit groupe d’entre eux vivait juste à côté de l’étang. Cet étang était situé au beau milieu d’une assez grande et vieille forêt. Un petit groupe d’arbres semblaient être trop éloignés et on aurait presque dit que quelqu’un les avait plantés dans un certain ordre. Elle m’a également dit que c’était là que se trouvait leur village. Je me souviens très bien de cet endroit parce que toutes les fois que j’y suis allé, j’ai toujours eu l’impression que quelqu’un se tenait près de moi ou derrière moi, mais je ne voyais jamais vraiment quoi que ce soit. Je lui ai demandé pourquoi nous ne pouvions pas les voir, eux ou leur village. Elle m’a dit que leur vibration est un cran plus haut que la nôtre, ce qui les rend invisibles à nos yeux, et aussi que nous pouvions marcher à travers leurs corps sans ne rien sentir. Ils peuvent nous voir parce que notre nature physique est plus concentrée que la leur, mais ils sont très proches de notre vibration. Je lui ai demandé pourquoi Sneaky m’avait amené ici au lieu du vieil étang où j’avais l’habitude de jouer. Elle m’a expliqué qu’en raison des volcans, il y avait beaucoup d’énergie autour des îles et que si je venais là physiquement à un certain moment de ma vie, je pourrais très probablement les voir physiquement. -
J’ai cessé de parler un moment pour penser à ce que je devrais leur dire et ce que je pouvais omettre.
« Si je veux y aller, est-ce que j’y parviendrai? Danny interrompit mes pensées.
- C’est très facile à faire. Tout que tu as à faire c’est de faire exactement la même chose que moi : utilise simplement ton imagination et rends-toi là-bas par ton train imaginaire.
- Mais je ne sais pas où c’est.
- Tu n’as pas vraiment besoin de le savoir. Garde juste en tête que c’est là que tu veux aller et tu iras. L’important c’est de t’entourer d’amour et de rayonner autant que possible, autrement ils n’apparaîtront pas. Il est peu probable qu’ils t’amènent à leur village, mais quelqu’un viendra te parler.
- Pourquoi est-ce qu’ils ne nous amèneront pas à leur village?
- Il y a plusieurs raisons, mais aucune qui a rapport avec la peur. Si tu rayonnes assez d’amour, ils t’amèneront probablement à leur village parce que tes vibrations seront à une fréquence plus près des leurs. De toute façon, tu n’y verras pas grand-chose parce qu’ils vivent une vie très simple. En fait, si tu observes soigneusement l’emplacement des arbres près de l’étang, tu verras un secteur où les arbres semblent être plantés selon un modèle différent. C’est là que se trouve le village. Étonnamment, tu pourrais même constater que les gens évitent cet endroit particulier ou qu’ils ne le voient même pas.
- Alors, quand y retournes-tu? demanda Neena avec un sourire.
- D’ici deux ans, si tout va comme prévu. Je prévoyais m’acheter une petite maison sur la plage pour être ainsi près des dauphins. Apparemment, ces personnes sont étroitement liées avec les dauphins et les baleines. L’histoire est trop longue pour que
je vous la raconte maintenant, mais au bout du compte, les dauphins et les baleines s’en vont. Je le sais depuis un certain temps, et elle me l’a confirmé. Si les gens ne se mettent pas à envoyer de l’amour plusieurs fois par semaine, dans moins de quinze ans, vous pourrez leur dire au revoir. Ça se résume à ça!
- Beaucoup souhaitent agir, mais ne savent pas quoi faire, indiqua Neena. Si tu n’écris pas ton livre, personne ne saura jamais ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils sont capables d’accomplir.
- Je le sais, ai-je répondu. J’y ai énormément pensé. Je ne suis pas certain si les gens vont me croire ou même donner une chance à ce que je raconte dans mon livre, de sorte qu’ils puissent voir les résultats d’eux-mêmes.
- Il n’y a qu’un moyen de le savoir, n’est-ce pas? » J’acquiesçai.
Faire confiance ouvertement
Ces derniers temps, je pense beaucoup à la confiance, en partie parce que quelque chose s’est produit, quelque chose qui a touché cette partie de moi que je garde bien cachée.
Je me demande de quoi j’ai peur.
Je me demande si j’ai vraiment déjà fait confiance, ou si ce n’était rien de plus qu’une illusion provisoire.
Je songe à toutes ces merveilleuses choses que j’ai détruites en raison de mon manque de confiance.
Je n’ai jamais rien rencontré dans ma vie que je ne pouvais pas gérer, et pourtant, la question demeure : pourquoi ai-je peur?
Aucune relation ne peut fonctionner sans confiance, peu importe que cette relation en soit une d’amitié, d’amour, de travail ou de jeu.
On en revient à la même chose : la confiance.
Peut-être est-ce vraiment en moi-même que je n’ai pas confiance.
Est-ce que je me fais confiance, de choisir ce qui est le mieux pour moi?
Probablement? Peut-être?
Après tout, qui est mieux placé que moi pour savoir ce qui est bien pour moi?
J’ai entendu dire que si vous faîtes ce qui est bon pour vous, vous êtes égoïste, mais je sais que si vous ne le faîtes pas, les conséquences peuvent être destructrices.
Alors où est l’équilibre?
Et qu’est-ce qui m’arrivera si je dis que je m’en fous et que je commence à faire confiance?
Peut-être que le problème est avec ceux à qui je fais confiance?
Bien, ça n’a pas fonctionné, n’est-ce pas?
Il semble que j’en sois revenu à la case départ.
Bien, il ne me reste plus qu’un choix, pas vrai?
J’espère que ça ne va pas être aussi pénible que mon manque de confiance n’a été.
D’un autre côté, les femmes d’abord!
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
