Chapitre trente-cinq
Je me levai. « J’ai besoin de m’étirer un peu. »
Je regardai ma montre pour voir si elle avait recommencé à fonctionner, mais elle était toujours arrêtée. Je pouvais encore voir des gouttes d’eau sous la vitre. Je me sentais très fatigué et pouvais sentir mon visage se détendre petit à petit et ma tête tomber un peu. Danny avait lui aussi l’air plutôt fatigué. Neena, elle, avait l’air fraîche comme une rose. Elle doit être une couche-tard, pensai-je, tout en étirant mes bras pour accélérer la circulation.
« Il y a des choses que je ne comprends pas encore tout à fait, dit Danny. Apparemment, Sneaky n’est pas un ange. C’est ça?
- C’est exact. » Je me rassis.
« D’accord, alors c’est ton futur toi, s’aventura-t-il.
- J’imagine qu’on peut voir ça comme ça. C’est ce que je pensais alors, mais disons simplement que le temps existe seulement dans la réalité physique que nous percevons. Pour l’instant, j’ai temporairement accepté une nouvelle idée qu’il n’y a pas vraiment de passé ou de futur partie de moi; ce sont des moi probables. J’ai remarqué que quand je m’amuse à voyager dans le passé et dans le futur, je ne rencontre pas toujours le même moi du passé. C’est comme si le passé avait eu beaucoup de probabilités et qu’il y avait des choix innombrables. Au bout du compte, du moins de la manière dont je le vois à présent, toutes les possibilités ont été vécues, et c’est comme si nous rejouions les différents moments dans un ordre différent. »
Je me rendis compte que je m’éloignais encore du sujet.
« C’est probablement mieux si nous parlons de lui en tant que passé, présent, et futur moi. Autrement, ça devient vraiment mélangeant.
- Pourquoi est-ce que ton futur toi est revenu en prétendant être un ange? » demanda Neena. Je voyais qu’elle connaissait déjà la réponse.
« Parce qu’il a un sens de l’humour particulier. C’était plutôt amusant, quand, et si, c’est un jour à mon tour de faire ce type de chose, je ferai sûrement la même chose, ce qui est logique, puisqu’il est moi et que je suis lui. »
Danny demanda : « Qu’est-ce qui s’est passé après?
- Après que Sneaky soit parti, j’ai pris un certain temps pour penser à tout ça. J’ai essayé de relativiser le tout et d’une certaine manière, j’ai essayé de faire en sorte que mon esprit comprenne tout. J’étais curieux de savoir exactement qui Sneaky était et le nombre d’années qu’il avait en avance sur moi. Je voulais également savoir ce qui allait nous arriver à ma vie et à moi au cours des prochaines années. Ainsi, je me préparais à passer quelques semaines dans le futur. Je voulais également retourner voir mon futur moi que j’avais vu assis sur une chaise de jardin près de la cabane, avant que tout ceci ait vraiment commencé. -
Je plongeai dans mes pensées, essayant de décider quelle serait la meilleure manière pour moi d’expliquer cela.
« Qu’as-tu vu, finalement? demanda Danny.
- Avant que je réponde à ta question, je voudrais dire que ça ne s’est pas fait en un jour. En fait, ça exige pas mal d’efforts et de concentration, et ça peut devenir très épuisant. Pendant ces quelques semaines, je n’ai pas passé beaucoup de temps à parier et à travailler avec l’amour.
D’abord, j’ai avancé seulement de quelques années, mais je ne pourrais vous dire de combien, exactement; c’était peut-être trois ou quatre ans. J’ai rencontré un futur moi probable qui passait un peu de temps à Hawaï. Il n’était pas très bavard, mais il m’a dit qu’il travaillait là avec les dauphins. Il s’est avéré qu’il n’était pas seul, mais il ne voulait pas me dire avec qui il était. Il m’a simplement indiqué que s’il en disait trop, ça perturberait notre ligne du temps et nous finirions par créer diverses nouvelles probabilités. Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire, mais il m’a dit que je comprendrais bientôt et que je devais surtout me concentrer à travailler avec l’amour.
La prochaine tentative réussie était étrange. Il y a eu plusieurs tentatives ratées. Ou bien je tombais endormi ou bien je rêvais. Mais je suis parvenu à retourner voir le même futur moi que j’avais vu la première fois. J’ai vu mon futur moi se reposer sur une chaise de jardin devant un feu de camp et Sneaky assis sur une chaise de jardin à sa gauche. La seconde où je suis apparu, Sneaky a disparu. Au même moment, j’ai cru voir une femme se précipiter dans la maison. Je suis resté là quelques minutes à regarder mon futur moi. Il n’avait pas l’air différent sauf qu’il avait une queue de cheval, ce qui n’était pas quelque chose que je prévoyais faire dans mon état d’esprit du moment. J’ai également cru voir quelqu’un jeter un coup d’œil par la fenêtre, mais je ne pouvais pas voir qui c’était.
J’ai demandé à mon futur moi, qui me fixait en souriant, où était parti Sneaky.
« Il se promène dans d’autres probabilités et fait la même chose qu’il a faite avec toi, a répondu mon futur moi. Il attendait simplement pour s’assurer que tu te rendrais si loin.
- Donc il n’est pas vraiment un ange alors.
- Non, il a seulement notre sens de l’humour. Il essayait de t’épargner le supplice de devoir te regarder complètement toi-même. Je suis certain que tu en conviendras que ce n’est pas toujours l’expérience la plus plaisante, n’est-ce pas?
- Qu’est-ce qui arrive, maintenant?
- Tu dois écrire sur tout ça et expliquer tout ce qu’une personne peut faire avec l’amour.
- Ça ne sera pas facile. Ça va être presque impossible de convaincre les gens que quelque chose d’aussi simple peut avoir un effet aussi important sur leur vie et sur tout le reste.
- Nous y sommes déjà parvenus. Tout ce que tu fais vraiment est de le revivre sous une forme de probabilité légèrement différente.
- Si c’est déjà fait, pourquoi est-ce que je dois le refaire?
- Parce que ce n’est pas fait dans ta probabilité.
- Dans ce cas-là, tu n’es pas vraiment mon futur moi?
- Oui et non. Nous sommes la même chose. Je peux être un futur toi dans ta probabilité ou je peux simplement être un toi probable. Mais ce n’est pas important en ce moment. Maintenant, tu dois te concentrer à obtenir autant d’expérience que possible avec l’amour de sorte que tu puisses transmettre cette information à d’autres. Le reste se réglera de lui-même plus tard. Tu dois également te concentrer à créer tout ce que tu veux expérimenter dans ta vie, et tu dois apprendre comment le faire avec l’amour, de sorte que tout ce que tu crées dans ta vie soit non seulement rempli d’amour, mais qu’il soit créé avec amour. Comprends-tu la différence entre un objet créé avec amour et un qui est le fruit d’un dur labeur?
- Oui, je comprends…Qui est la personne qui a couru jusque dans la maison?
- Nous avons décidé qu’il était mieux que tu ne voies pas qui elle est pour le moment, a-t-il répondu. Mais tu comprendras pourquoi plus tard. »
Je sentais que je commençais à dériver et que je ne pourrais pas rester là beaucoup plus longtemps, alors j’ai posé une dernière question.
« Qu’en est-il de la loterie?
- Oublie ça, a-t-il dit. Il y a de meilleures manières d’employer l’amour. Tu comprendras ce que je veux dire. »
Il a continué à parler, mais j’avais déjà commencé à disparaître et quelques moments plus tard, j’ai perdu connaissance. »
Je me frottai les yeux. « C’est vraiment tout ce que j’avais à dire à propos de ça. Depuis lors, j’ai passé la majeure partie de mon temps à travailler avec l’amour, ce qui a été toute une expérience. Mais la même question demeure : comment vais-je écrire au sujet de tout ceci? Par où est-ce que je commence et où est-ce que j’arrête? Ça ne s’arrête jamais vraiment. Chaque jour, on dirait que j’apprends quelque chose de nouveau sur comment envoyer de l’amour et expérimenter de nouvelles choses. Et qui va croire quelque chose d’aussi bizarre?
- Écris-le exactement de la manière dont tu nous l’as raconté, indiqua Neena. Quant à te demander si quelqu’un va te croire, c’est une décision que chacun doit lui-même prendre.
- Mais n’est-ce pas trop mélangeant et renversant? demandai-je.
- C’est ce qui rend ça intéressant, dit Danny. Ça donne de quoi penser!
- Je suis d’accord! indiqua Neena. Mais peut-être que tu pourrais écrire sur certaines des expériences que tu as eues en travaillant avec l’amour et sur les différentes manières d’envoyer de l’amour. »
Danny acquiesça.
« Vous pourriez avoir raison, dis-je. Je dois aller à la salle de toilettes. Je reviens tout de suite. »
Je reculai mon banc et me dirigeai vers les toilettes. Je n’avais pas vraiment besoin d’y aller. Je voulais juste être un peu seul, quelques instants.
Je baissai le siège et m’assis. Je pensai à ce dont nous avions parlé, quand j’ai entendu des voix qui venaient du bar. Je pensai que peut-être un groupe de personnes était entré pour boire un coup, mais je les ignorai. Après plusieurs autres minutes de réflexion profonde, je me levai et me lavai les mains. En sortant, je n’en pouvais croire mes yeux. Il devait y avoir au moins dix ou douze personnes dans le bar. Je me dirigeai vers l’endroit où j’étais assis avant, et je vis que ce n’était plus Danny, mais bien quelqu’un d’autre qui se tenait derrière le bar. Neena était également partie et une femme était assise sur sa chaise à parler avec une autre femme près d’elle. Mon tabouret était encore vide. Je me tins derrière mon banc, une main sur ma veste et un air qui devait paraître très confus. Le barman vint me dire que Neena et Danny avaient dû partir.
« Qu’est-ce que je peux vous servir? » a-t-il demandé.
J’y réfléchis un instant et répondis doucement : « Peut-être juste la facture.
- On s’est occupé de la facture. » Il alla sous le comptoir. « Danny a laissé quelque chose pour vous. » Il plaça la petite bouteille verte sur le comptoir.
Je pris la bouteille et retirai ma veste du tabouret. J’allais prendre mes cigarettes, mais je remarquai qu’elles n’étaient plus là.
Je remerciai le barman et, jetant un dernier coup d’œil alentour, me dirigeai vers la porte d’entrée. À peu près au même moment où je posais le pied sur le trottoir, un taxi s’arrêta à ma hauteur. J’ouvris la porte et lui donnai les directions pour se rendre chez moi.
Le chauffeur de taxi et moi ne parlèrent pas beaucoup en route vers la maison, mais je me rappelle qu’il ait remarqué : « C’est une nuit étrange, n’est-ce pas?
- Ça l’est, sans aucun doute! – Et je m’en tins à ça.
Changer en une réalité probable
Chaque fois qu’une décision est prise, un univers entier est créé où la décision est jouée.
En fait, cet univers existe déjà, et comme le temps n’est pas linéaire, n’importe quelle décision peut être modifiée, comme si elle n’avait jamais été jouée en premier lieu dans notre réalité.
C’est si facile à faire, que chacun le fait constamment d’une manière inconsciente.
Au moment où une décision est prise, nous entrons dans cet univers et dans cette réalité probable dans lesquels cette décision est jouée.
Ce sont non seulement nos décisions, mais également nos pensées et nos croyances qui entraînent ce changement.
Par exemple, si nous pensons et croyons que nous ne sommes pas aimés, c’est dans cette réalité probable que nous serons envoyés.
Et nous y resterons jusqu’à ce que nous changions nos croyances, ou jusqu’à ce que quelqu’un vienne et nous incite à changer nos croyances et nos pensées, mais ça n’arrivera que lorsque nous serons envoyés dans une réalité aimante, ce qui n’est possible que si nous changeons ce que nous croyons et pensons.
Et ainsi, nous tournons en rond, pour toujours aboutir aux mêmes résultats finaux.
Pour changer la réalité
D’abord nous devons séparer ce que nous voyons, entendons, et expérimentons de nos pensées et de nos croyances.
C’est ce qui nous aidera à nous libérer de l’univers probable, dans lequel nous vivons alors.
Ensuite, nous devons changer nos pensées et nos croyances, au point où nous expérimentons dans notre esprit ce que nous souhaitons expérimenter.
C’est lorsque les pensées et les croyances envahissent notre esprit que le changement se produit.
Au début, il passe inaperçu, mais plus le temps passe et avec de la pratique, nous remarquons ces changements.
Ou peut-être si nous le souhaitons, nous pouvons attendre jusqu’à ce que les scientifiques découvrent un procédé mécanique pour y parvenir.
Mais ça, c’est si nous vivons assez longtemps.
J’ai entendu dire que si nous croyions vraiment en quelque chose, alors nous l’aurions déjà.
Donc, c’est parce que nous n’y croyons pas que nous ne l’avons pas; ainsi, peut-être que nos pensées ne reflètent pas ce que voulons.
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
