Chapitre quatorze
Danny prit son bloc-notes et le ferma. « Je suppose que ça ne sert à rien de garder ces notes. » Il poussa un soupir de déception.
« Pourquoi dis-tu ça?
- C’est plutôt évident, non? dit-il. Cet ange ne t’a-t-il pas dit que tu ne pouvais pas faire ça?
- Non. Et je n’en ai pas fini avec l’histoire.
- Alors pourquoi l’ange est-il venu te voir? demanda Neena.
- Patience, nous y viendrons. En plus, qui a dit que c’était un ange?
- Tu as dit que c’en était un, dit Danny.
- Non, je n’ai pas dit ça. J’ai dit qu’il ressemblait à un ange. Vous souvenez-vous de ce que j’ai dit au sujet des choses trop parfaites? Je n’ai jamais vu un ange, mais si j’en vois un, je ne m’attends pas à ce qu’il ressemble à la vedette d’un film hollywoodien. »
Danny sembla un peu soulagé mais également un peu confus.
« Si ce n’était pas un ange, alors qu’est-ce qu’il était? demanda Neena.
- Je n’ai pas dit qu’il n’était pas un ange, répondis-je. Vous savez, si vous voulez comprendre l’univers et ses secrets, vous ne pouvez pas supposer, parce que votre esprit se mélange. Prenez simplement les faits et accrochez-vous à eux comme aux nouveaux morceaux d’un puzzle et attendez jusqu’à ce que d’autres morceaux se mettent en place. Comprendre l’univers est plutôt une chasse qu’un jeu d’estimation. Vous chassez les morceaux; vous ne tentez pas de deviner ce qu’ils pourraient être. Parfois, vous devez démonter ce que vous savez pour voir les morceaux individuellement, puis les recoller ensemble pour voir l’image. De cette façon, vous ne devinez pas, vous apprenez à découvrir la vérité un morceau à la fois.
- D’accord, mais comment démontons-nous tout ce que tu nous as dit jusqu’ici? demanda Neena.
- Démontons-le ensemble, dis-je. Premièrement, nous avons la tristesse, nous avons le besoin, nous avons le succès, nous avons la peur, l’échec, la réflexion, le futur; nous avons ce qui semble être un ange, et ainsi de suite. Examinez maintenant chaque morceau. »
Je me suis arrêté et j’ai attendu qu’ils réfléchissent à ce que j’avais dit.
« La seule image que je vois est celle que tu nous as décrite, c’est tout. » dit Danny. « Sans deviner, je ne vois rien d’autre. »
Je regardai Neena, mais elle secoua la tête.
« Le problème est que vous n’ajoutez pas les pièces principales, dis-je.
- Quelles sont les pièces principales, demanda Danny.
- Par exemple, tout dans l’univers n’est rien d’autre que l’ombre de son opposé. Ou un avion n’est pas un avion sans le ciel. La vérité change et s’élargit constamment. C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de vérité.
- Je ne comprends toujours pas, dit Danny en haussant les épaules.
- Tout n’est que l’ombre de son opposé. Donc, prenez le morceau que nous appelons tristesse et transformez-la en son opposé. Vous avez maintenant deux pièces : la tristesse et…
- La joie, dit Neena, l’opposé du besoin est l’accomplissement. Je vois maintenant que toute l’image s’est révélée.
- Je ne comprends toujours pas, » dit Danny, frustré.
Elle me regarda. « Puis-je?
- Volontiers. » J’étais étonné qu’elle ait compris aussi rapidement.
« C’est comme ceci, Danny: toutes les pièces se rattachent à une image, mais c’est une image qui n’a pas de début ni de fin. Tout se raccorde constamment, mais certaines règles sont respectées, dont : s’il y a une pièce, alors, quelque part, son contraire existe aussi. Elle peut être plus grosse ou plus petite, nous ne savons pas encore, mais nous savons qu’elle est là, quelque part. »
Il paraissait déconcerté à essayer de comprendre ce qu’elle disait.
« Laisse-moi te l’expliquer de la façon suivante. Il y a quelques minutes, tu as dit que pour une raison quelconque, il ne t’a pas été permis de méditer pour gagner à la loterie et tu as en quelque sorte décidé que c’était en fait une pièce du puzzle. En fait, c’était une pièce inventée. Tu l’as inventée et tu l’as placée dans ton image. Maintenant, si je n’avais rien dit, ce morceau serait devenu un morceau de ta réalité. En d’autres mots, l’image que tu peins sera différente de celle que je peins, bien que nous ayons commencé exactement avec le même nombre et sortes de morceaux. Ainsi, le tableau que tu as peint avec ces morceaux était vrai pour toi et il serait devenu ta vérité. Mais, d’un autre côté, l’image que je me construis est vraie pour moi, et dans le même ordre d’idée, elle représente aussi la vérité. Donc, reste à savoir quelle est la vérité et que doit faire une personne pour s’approcher le plus possible de la vraie vérité?
- Je pense que je comprends, mais ce que tu dis est encore un peu vague dans mon esprit, dit Danny.
- C’est correct, laisse ça comme ça. C’est mieux si ça reste un peu nébuleux, de toute façon, puisqu’ainsi, tu ne crées pas une histoire à partir d’une histoire.
Ça fait plusieurs années que j’y travaille. J’essayais de comprendre l’univers et son fonctionnement. Mais un problème fondamental se posait : il y a des choses avec lesquelles l’esprit ne peut pas traiter. Par exemple, essayer de comprendre le temps ou le concept d’absence de temps. Ils disent qu’en fait, tout se produit simultanément et que le temps linéaire n’existe pas. C’est une chose de le dire, mais c’en est une autre de le comprendre. Très peu de gens le comprennent. C’est comme la théorie de la relativité d’Einstein : beaucoup de gens en ont lu une partie et ne la comprennent pas vraiment, et il y a des gens qui l’ont lu et qui pensent la comprendre, mais vous pouvez voir par la recherche qu’ils effectuent qu’ils n’ont pas compris ce qu’Einstein essayait de dire. Ce n’est pas une question d’intelligence, pas du tout. On a enseigné aux gens que pour comprendre des choses complexes, ils devaient être incroyablement futés, mais ce n’est pas vrai. J’en suis, de toute évidence, la preuve.
Danny rit.
« Alors, comment est-ce que ça va aider? demanda Neena.
- Accorde-moi un moment et je te l’expliquerai. Quelquefois, c’est difficile pour moi de mettre des mots sur les choses, dis-je. Peut-être que vous comprendrez mieux. Il y a plusieurs années, j’essayais de comprendre certaines choses, mais mon cerveau n’y arrivait pas et je n’étais pas capable de les mettre dans un cadre approprié. À cette époque, les ordinateurs arrivaient sur le marché et j’ai parlé avec un vendeur, qui m’a dit que l’ordinateur n’était pas aussi important que les programmes, parce que sans les programmes, l’ordinateur n’est rien de plus qu’un grand presse-papiers. Une lumière s’est alors allumée dans ma tête : ce n’est pas que je sois trop stupide, c’est que mon cerveau a besoin d’un programme pour comprendre certaines choses. »
- Alors c’est ce que c’est? Un programme? demanda-t-elle.
- Oui.
- Ça semble assez simple pour un programme, dit Danny
- J’en conviens, mais les programmes du cerveau sont différents des programmes informatiques. L’esprit est mille fois plus complexe qu’un ordinateur, ce qui permet aux programmes d’être extrêmement simples. Les choses sont un peu inversées, mais l’idée derrière reste la même.
- D’accord, redis-moi ça une autre fois.
- Prenez toutes les informations que vous avez et séparez-les les unes des autres. Divisez-les en deux ou trois morceaux. Pourquoi en deux ou en trois? Parce que tout n’est pas seulement positif ou négatif. Certaines choses et certains morceaux de la connaissance ont également un aspect neutre. Ensuite, recollez les morceaux là où ils semblent s’agencer le mieux, mais ne créez, inventez ou ne devinez pas pour aucun autre morceau. Surtout, laissez-les légèrement vague. En d’autres mots, prenez certaines informations et ne les acceptez et ne les rejetez pas complètement; laissez-les de côté un peu. Parfois, les morceaux seront seuls d’un côté. S’ils ne s’agencent à aucun autre morceau, laissez-les là. Soit ils fourniront de l’information erronée que vous pourrez ignorer, soit vous finirez par trouver un morceau qui les reliera au reste. Laissez-moi vous donner un exemple de la façon de mettre les morceaux ensemble. Nous avons le futur, l’ange, et le gain. Deux morceaux s’agencent parfaitement, et une pièce reste seule de l’autre côté. Naturellement, je parle de cette histoire. »
Danny pensa un moment. Je regardai Neena, mais je savais déjà qu’elle avait la réponse.
« D’accord, dit Danny. « Le futur et l’ange vont ensemble, et les gains vont d’un coté. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que oui. Je vois également un autre morceau.
- Lequel?
- Quelque chose n’est pas ce qu’elle semble être, et elle va avec le futur et l’ange. Il me manque le morceau qui les relie ensemble, mais je sais qu’elles vont ensemble, répondit-il.
- Voilà, c’est ça. Le programme doit être utilisé un peu avant qu’il ne fasse effet, mais une fois qu’il aura commencé à agir, votre esprit vous donnera les morceaux qu’il vous manque. Nous savons que toute chose n’est pas ce qu’elle semble être, alors nous laissons le futur et l’ange dans la zone nébuleuse, sans totalement les accepter comme ils apparaissent, mais sans les rejeter complètement non plus.
- N’est-ce pas la même chose que de présumer? demanda Danny.
- Non, ce n’est pas la même chose, parce que quand vous supposez, vous utilisez le même secteur de votre esprit que vous utiliseriez si vous imaginiez des choses, alors que si vous examinez seulement les morceaux que vous avez, votre esprit subconscient commencera à remplir les espaces vides. Il y a aussi une grande différence entre supposer et chercher à obtenir plus d’information.
- C’est comme dire que mon esprit connaît déjà les réponses » dit Danny.
- Exactement. Et votre esprit les connaît. À l’instant même où vous posez la question, si la partie subconsciente de votre esprit ne possède pas déjà l’information, elle commencera immédiatement à la chercher. Et votre esprit peut prendre ces réponses de différents endroits de votre âme ou de votre subconscient. Il y a divers autres endroits auxquels le subconscient est relié qui peuvent aussi lui donner de l’information. Le plus grand problème est que le subconscient ne peut pas donner d’information à votre esprit conscient à moins que celui-ci ne possède de programme qui puisse traiter l’information. Le conscient et le subconscient ne communiquent pas très bien. Les rêves en sont un bon exemple puisqu’ils peuvent être très difficiles à déchiffrer parce que le subconscient essaie de transmettre l’information à l’esprit conscient que celui-ci n’est pas capable d’accepter. Alors le subconscient utilise des symboles, une méthode de communication très primitive et rudimentaire. »
Danny essuya son front. « Ça me semble raisonnable, mais est-il vrai de dire qu’il semble y avoir une barrière entre l’esprit conscient et l’esprit subconscient?
- Absolument. Cette barrière est nécessaire, mais n’a pas besoin d’être aussi épaisse. Le fait qu’elle soit là permet à l’esprit conscient de traiter avec ce qui se passe uniquement dans le moment et pas avec toutes les autres choses qui pourraient se passer. Votre esprit subconscient, par exemple, entend tout, chaque son dans la pièce, mais consciemment nous n’entendons que ce sur quoi nous portons notre attention. Le subconscient est comme un filtre qui sépare les choses qui sont importantes, des choses qui ne le sont pas. D’ailleurs, tant de trucs se déroulent dans le subconscient que lorsque vous y allez, c’est comme si vous enfonciez votre tête dans une ruche.
Je les regardai. « Mais je pourrais avoir tort sur toute la ligne. Ça ne serait pas la première fois. »
Provocation
Par provocation,
lancez un défi à cette partie de vous-même
qui dit que vous ne pouvez pas
la défier,
et vous y parviendrez.
Klaus est né en 1957 dans la Forêt-Noire, en Allemagne. À l’âge de 9 ans, croyant toujours que
partout au Canada c’est l’ouest sauvage, où les cowboys et les traînées de chariot existent
toujours; Klaus est envoyé à Rosedale, en Colombie-Britannique, au Canada, pour y vivre avec
sa tante et son oncle. Bien que déçu de ne pas y trouver les plaines et les chariots-cuisine, il
habite au Canada et y grandit pour accomplir plein de choses. Klaus a été un exploitant de
ferme laitière, un entrepreneur, un artiste ainsi qu’un écrivain.
