Chapitre douze

« Avant de poursuivre avec l’histoire, dis-je, vous devez comprendre que le 6 novembre, ma vie a complètement basculé. Et bien que je me souvienne de presque tout, il se peut que je ne raconte pas exactement les faits dans l’ordre dans lequel ils se sont produits.

-         Est-ce que je me trompe ou est-ce qu’il essaye de gagner du temps? Danny demanda à Neena.

-         Oh, il essaye, et pas juste un peu! répondit-elle.

-         Non, pas vraiment, dis-je. J’essaie seulement de tout envisager. Je ne veux pas laisser place à de mauvaises interprétations. »

Ils étaient assis là silencieusement à me regarder. J’avais l’impression qu’ils essayaient de me faire sentir coupable. Comme si ça allait fonctionner! Un étrange frisson me parcourut le dos et remonta jusqu’au-dessus de ma tête. J’avais l’étrange impression que peut-être j’allais un peu trop loin.

« D’habitude, je vais au magasin assez tôt le matin pour consulter les résultats et la liste de ceux qui joueront ce jour là, mais j’avais fait la grasse matinée après avoir passé une nuit très agitée. De plus, pour quelque raison que ce soit, je n’avais pas envie de le faire cette journée là. Quelque chose me chicotait. Après le dîner, je suis allé me promener avec Rudy et de retour du parc, nous nous sommes arrêtés au magasin pour prendre les nouvelles du sport. J’avais encore beaucoup de temps pour faire mes paris parce qu’ils n’ont habituellement pas besoin d’être entrés avant cinq ou six heures du soir. Faire une méditation profonde tout juste après avoir pris une longue marche semble toujours fonctionner à merveille, alors aussitôt arrivé à la maison, je suis allée m’étendre dans ma chambre. Je gardai la liste des jeux dans une main pour pouvoir l’étudier juste avant de fermer mes yeux. Je gardai également un stylo et un bloc-notes du coté droit pour pouvoir écrire les résultats sans avoir à me lever. J’avais aussi mis mon masque de sommeil et mes bouche-oreilles, alors il y avait peu de chance que je sois dérangé.

Donc j’étais là, couché sur mon lit à relaxer progressivement, toujours plus profondément. Mais à cause du problème avec lequel je devais traiter depuis les deux semaines précédentes, le processus complet prit environ deux heures. Mon corps commençait petit à petit à s’engourdir quand j’ai entendu un bruit qui ressemblait au son de quelqu’un qui se raclait la gorge. J’ai cru que c’était Rudy, alors j’ai continué. Quelques minutes plus tard, un bruit sourd se fit entendre en-dessous de mon lit. En général, je me réveille quand j’entends un bruit fort comme celui-ci, ce qui veut dire que je dois tout recommencer depuis le début. Cette fois, j’ai pensé que c’était peut-être juste un support de bois du matelas. Parfois, si j’éprouve de la difficulté à relaxer ou à commencer ma méditation, je compte à l’envers de cent à un, ce qui me permet habituellement de relaxer quand mon esprit ne veut pas coopérer. J’ai donc commencé à compter à l’envers, et après quelques nombres, j’aurais pu jurer que quelqu’un comptait avec moi. Je pouvais presque entendre une faible voix dire les nombres exactement en même temps que moi. Je me suis donc arrêté pour écouter, mais rien. Alors j’ai recommencé à compter et après un ou deux nombres, je pouvais entendre une faible voix compter avec moi. J’ai pensé que peut-être j’imaginais le tout et j’ai décidé d’arrêter de compter et de simplement rester couché jusqu’à ce que je m’endorme.

J’étais sur le point de m’endormir, à l’étape où l’on ne sent ni n’entend plus rien, quand quelque chose a frappé le lit assez fort pour le faire bouger. J’ai pensé qu’un ami était venu me voir et qu’il avait fait bouger mon lit pour me réveiller. J’ai donc enlevé mon masque et ouvert les yeux. Mais ce que j’ai vu n’était pas un de mes amis. En fait, je ne pouvais en croire mes yeux, et mon cœur battait si fort que je croyais qu’il allait faire un trou dans ma poitrine.

Je me suis retrouvé face à face avec un ange, un ange énorme, d’au moins 7 pieds de haut. Il se frotta pour enlever la poussière et dit quelque chose comme « Hey! N’époussettes-tu jamais là-dessous? C’est plus qu’un problème majeur de poussière ici, mon ami! » J’avais encore mes bouche-oreilles et ne pouvait entendre de voix, mais j’avais entendu ce qu’il avait dit très clairement dans ma tête. »

J’arrêtai un moment pour sortir une autre cigarette de mon paquet. Neena et Danny semblaient être figés dans le temps. Je pouvais voir, juste par l’expression sur le visage de Danny, qu’il croyait que l’ange allait m’enguirlander. J’allumai ma cigarette.

« Ce n’est pas le genre de langage que je m’attendais à entendre sortir de la bouche d’un ange » dis-je. « Mon corps était paralysé, mais mon cœur et mon esprit allaient à vive allure. Je ne sais pas combien de temps nous nous sommes regardés. Il souriait, mais je ne crois pas que moi oui. Des pensées traversaient ma tête. J’ai pensé que cela ne pouvait être réel, ou qu’il était peut-être là pour me créer des ennuis parce que je n’étais pas censé utiliser la méthode des yogis pour gagner à la loterie.

Peut-être aussi que l’univers avait perdu patience avec moi, qu’il avait envoyé cet ange pour me remettre sur le droit chemin. Mon corps entier s’est mis à frémir. J’ai déjà eu peur, mais jamais à un tel point. J’ai pensé que je devrais peut-être sauter par la fenêtre, mais j’ai compris que ça ne fonctionnerait pas. Il était trop près de la porte pour que je puisse m’enfuir. Je pouvais entendre une partie de moi crier : « Tu dois sortir de là, sors d’ici! » Je me suis dit : « Joue le jeu! C’est ça, fais juste jouer le jeu! Tu peux négocier quelque chose. Dis bonjour et reste calme. »

« J’ignore comment, mais j’ai réussi à faire sortir un mot de ma bouche : « Bonjour. »

Il se pencha vers moi. « Eh bien, qui l’eut cru? Il parle! Bon sang! Détends-toi! On dirait que tes yeux vont sortir de leurs orbites! »

Juste comme je commençais à me détendre face à la situation, il cria : « Bouh! »

Quelque chose en moi craqua. »

Les visages de Neena et Danny étaient figés.

« L’ange sourit. « Voilà! Maintenant que tu respires, pourquoi ne pas s’asseoir pour discuter un peu? »

« C’était assez. J’ai flippé. Je suis sauté du lit, et me suis lancé sur lui. Si je ne pouvais pas négocier quelque chose, alors je combattrais. Je suis passé au travers de son corps, tête première dans le mur. »

J’arrêtai pour prendre une gorgée de mon scotch et quelques bouffées de ma cigarette. Encore maintenant, le simple fait d’en parler faisait battre mon cœur.

Danny secoua la tête. « Es-tu fou? Tu as essayé de t’attaquer à un ange? »

Neena éclata de rire, et Danny et moi n’eûmes d’autres choix que de l’imiter.


Un arbre à terre

Je me souviens du temps où j’étais petit, plus jeune, plus rapide

et où mon épée était rapide.

Un de mes jeux préférés était de me battre à l’épée avec les arbres.

Vous pourriez penser que les arbres ne sont pas de redoutables adversaires, mais ils le sont.

Il suffit simplement de choisir le bon.

Dans chaque forêt, il y en a au moins une demi-douzaine qui s’y prêtent. Voici où ça devient délicat : certains arbres aiment brandir des épées extrêmement souples, et vous devez faire attention à la force que vous déployez, sinon ils vous refrapperont deux fois plus rapidement.

Par contre, être poignardé avec une épée souple est beaucoup moins douloureux que de l’être avec une épée rigide. Dans le feu de l’action, celles rigides et dures fendront votre épée en deux. Alors, vous serez coincé. La seule chose que vous puissiez faire est de vous enfuir et d’espérer qu’un autre arbre vous donnera son épée. Mais ça, c’est si vous ne titubez pas avec une épée déjà plantée dans votre dos.

Je me souviens encore de ces cris de bataille lorsque je marche dans la forêt.

Et j’entends l’appel : « Avance, vieil homme, ose donc! »

Et alors, mon cœur se réveille, l’adrénaline monte et j’avance rapidement.

Mais ce n’est que silence quand je les étreins, et leur transfère mon amour.

Oui, j’ai plusieurs fois été poignardé en faisant cela; ces cicatrices, je les porte avec fierté et honneur.

Défiez-moi, et je jure par ma vie :

Je. Vous. Serrerai. Jusqu’à. Ce. Que. L’amour. Émane. De. Vos. Pores.

Par amour, à mes amis, les Arbres.